• Myriam Bendhif-Syllas

Isée, mon héroïne !

Quand je pense que j’ai bien failli passer à côté de cet univers ! À cette époque idiote où j’avais cru être devenue une personne adulte et raisonnable... Dans les rayons jeunesse des librairies et des bibliothèques, ressurgissaient souvent les albums aux illustrations étranges, un peu repoussantes de ce M. Ponti. Et puis un jour, prise de folie – ou d’une intuition ? –, me voilà chopant un titre presque au hasard en me disant que le véritable verdict viendrait du spécialiste de l’enfance : mon propre gamin.

Le verdict ne se fit pas attendre : l’album fut dévoré, réclamé, lu, relu, relulu et rerelulu, en attendant d’acquérir d’autres titres aux noms tout aussi évocateurs. Le Nakakoué, Bih-Bih et le Gouffron Bouffron, Okilélé, Pétronille et ses 120 petits, Les Poussins, Les Zertes, Mouah… firent ses délices et… les miens ! Cette liberté totale, cette inventivité à tous les niveaux du graphisme, de la narration, du langage, que du bonheur !

Et le jour vint où je croisai la route d’Isée. Un grand moment ! Je n’ai pas écrit à son propos à ce moment-là, comme si je voulais garder précieusement ce trésor. Avec du recul, je me dis que c’était une vraie baffe que de découvrir cette môme, sa douleur, sa résilience, son esprit libre et que, sans un enfant pour me montrer la voie, je n’aurai pas su lire et comprendre.






Aujourd’hui, j’ai vécu avec Isée, sa 1ère venture drôle et si terrible face à un prétendu ami qui l’aime et lui fait du mal, provoquant des rebondissements multiples jusqu’au 1er coup de pied magistral et à la tirade de la couche-culotte pleine mémorable.






Je l’ai suivie pour sa 2ème venture, volontaire cette fois : Isée explorant le monde, que dis-je les mondes qui s’ouvrent sur son chemin. J’ai ensuite recueilli son avis sur sa vie : l’avie d’Isée, pleine de sagesse et de bon sens ; une vie pleine de rencontres, de chemins qui mènent partout là où on veut aller.


Isée ose, Isée n’a peur de rien ou presque, elle va où elle veut, sans se laisser arrêter par des princes qui veulent la marier ou des monstres, des maisonstres et autres empêcheurs d’avancer en rond devant derrière. Dans Blaise, Isée et le Tue-planète, les héros de Ponti réunis en un collectif de choc, affrontent un terrible et horribilifique affreux qui détruit les planètes. Le Bouffron-Gouffron avait déjà cette prérogative mais là, nous dépassons l’échelle de la Terre, c’est toute la galaxie qui est en perdition. Comme Lili Prune, Isée est fortiche en plans et en construction de machines. Là, avec l’aide des astucieux Poussins et de toute une flopée de personnages auxiliaires, elle réalise une fusée poussin splendide, aux mille et une ressources indispensables pour aller sauver tous les rescapés et les migrants de l’univers et mettre la pâtée au monstre destructeur.




Peut-être aurais-je la chance de retrouver Isée dans une prochaine venture ? Si ce n’est pas le cas, la chance est là déjà de pouvoir lire, relire et rerelire ces chefs d’œuvre d’albums. Je veux continuer jusqu’à un âge canonique et incertain à m’offrir ces occasions de rire à gorge déployée, de rêvasser, de m’amuser avec mots et images comme jamais, un bambin à mes côtés ou sans.

Claude Ponti, Blaise, Isée et le Tue-planète, l’école des loisirs, 2022.

Et tous les autres albums de cet « albumiste » formidable, comme il se définit dans Enfances.


Albums à partir de 4 ans et sans aucune limite d'âge, à lire sans modération.





Crédits images. Images extraites des albums de Claude Ponti, Blaise, Isée et le Tue-planète, Mô-Namour, L'aventure d'Isée, L'avie d'Isée.

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